L’enlèvement prétribulationnel examiné

Eschatologie12 min de lecture

1. Introduction

Le pré‑tribulationisme enseigne que l’Enlèvement de l’Église – l’enlèvement des croyants morts et vivants pour rencontrer Christ dans les airs (1 Thessaloniciens 4.13‑18) – aura lieu avant la future Tribulation de sept ans (la soixante‑dixième semaine de Daniel, Daniel 9.24‑27). Après cette période de jugement sans précédent, Christ reviendra en gloire sur la terre avec Ses saints pour établir Son règne millénaire (Apocalypse 19–20).

Cet article examine la doctrine de l’Enlèvement pré‑tribulationnel, en évaluant ses fondements bibliques et ses principaux arguments. D’autres positions existent (mi‑tribulation, post‑tribulation, pré‑colère, Enlèvement partiel), mais nous nous concentrons ici sur l’affirmation selon laquelle un Enlèvement avant la Tribulation harmonise le mieux l’ensemble de l’Écriture, surtout lorsque l’on maintient une interprétation prophétique cohérente, littérale et dispensationaliste.


2. Distinction entre Israël et l’Église

Un élément central du pré‑tribulationisme est la distinction entre Israël et l’Église dans le programme prophétique de Dieu.

2.1 L’Église comme peuple nouveau et unique

Le Nouveau Testament présente l’Église comme un « mystère » non révélé dans l’Ancien Testament, mais dévoilé à l’époque apostolique (Éphésiens 3.3‑6 ; Colossiens 1.26‑27). Les croyants de cette dispensation sont unis en « un seul corps » par l’œuvre baptisante du Saint‑Esprit :

« Nous avons tous, en effet, été baptisés dans un seul Esprit, pour former un seul corps, soit Juifs, soit Grecs, soit esclaves, soit libres… »
1 Corinthiens 12.13

Ce corps baptisé par l’Esprit commence à la Pentecôte (Actes 2) et sera complété lors de l’Enlèvement. Aucun passage de l’Ancien Testament ne révèle clairement ce corps ; Israël et l’Église ne sont pas interchangeables.

2.2 La soixante‑dixième semaine de Daniel et Israël

La prophétie des soixante‑dix “semaines” de Daniel 9.24‑27 concerne explicitement :

« ton peuple et ta ville sainte »
Daniel 9.24

« Ton peuple » = Israël ; « ta ville sainte » = Jérusalem. Les 69 premières “semaines” (unités de sept ans) ont culminé dans la première venue du Messie et Son rejet (Daniel 9.26). La soixante‑dixième semaine – une période future de sept ans – reste à accomplir et est liée à la restauration finale d’Israël.

Il est remarquable que l’Église n’existait pas durant les 69 premières semaines et n’est pas mentionnée dans cette prophétie. Cela suggère fortement que la soixante‑dixième semaine est, elle aussi, centrée sur Israël et non sur l’Église. Le pré‑tribulationisme s’intègre naturellement à cette structure : le temps de l’Église est une parenthèse entre la 69e et la 70e “semaine” ; l’Église est complétée et enlevée avant que Dieu ne reprenne Ses relations d’alliance avec Israël pendant la Tribulation.

2.3 Le but de la Tribulation

La Tribulation est constamment décrite comme centrée sur Israël :

  • « un temps de détresse pour Jacob » (Jérémie 30.7)
  • une période qui culmine dans la repentance nationale d’Israël (Zacharie 12.10 ; Romains 11.26‑27)

Ses objectifs principaux sont :

  1. Purifier et préparer Israël à recevoir son Messie.
  2. Juger le monde incrédule (les « habitants de la terre » dans l’Apocalypse).

L’Église, déjà justifiée et positionnellement sanctifiée en Christ (Romains 8.1 ; Éphésiens 1.3‑7), n’est pas l’objet de cette colère. Cette distinction Israël/Église constitue une raison structurante majeure d’attendre le retrait de l’Église avant le début de la soixante‑dixième semaine.


3. Exemption de la colère divine

Le Nouveau Testament promet explicitement que les croyants de l’ère de l’Église ne sont pas destinés à la colère divine.

3.1 1 Thessaloniciens : délivrés de la colère à venir

Paul félicite les Thessaloniciens pour leur conversion et leur espérance :

« …pour attendre des cieux son Fils, qu’il a ressuscité des morts, Jésus, qui nous délivre de la colère à venir. »
1 Thessaloniciens 1.10

Plus loin, il déclare :

« Car Dieu ne nous a pas destinés à la colère, mais à l’acquisition du salut par notre Seigneur Jésus‑Christ. »
1 Thessaloniciens 5.9

Dans le contexte :

  • 1 Thessaloniciens 4.13‑18 décrit l’Enlèvement.
  • 1 Thessaloniciens 5.1‑11 traite du Jour du Seigneur – un temps de destruction soudaine et de ténèbres sur le monde incrédule.

Les croyants sont nettement distingués de ceux sur qui tombe cette destruction (notez les pronoms « ils…eux » par opposition à « vous…nous » en 1 Thessaloniciens 5.3‑5). Le destin de l’Église, c’est le salut, non la colère ; nous devons « nous encourager les uns les autres par ces paroles » (4.18 ; 5.11). Cela soutient fortement une removal avant la colère, ce qui s’explique le mieux par un Enlèvement pré‑tribulationnel.

3.2 Apocalypse 3.10 – Gardés de l’heure de l’épreuve

La promesse du Christ à l’Église fidèle de Philadelphie est programmatique :

« Parce que tu as gardé la parole de la persévérance en moi, moi aussi je te garderai à l’heure de l’épreuve qui va venir sur le monde entier, pour éprouver les habitants de la terre. »
Apocalypse 3.10

Points clés :

  • La promesse n’est pas seulement d’être gardé dans l’épreuve, mais d’être « gardé de l’heure de l’épreuve » – c’est‑à‑dire de la période de temps elle‑même (« l’heure ») de l’épreuve mondiale.
  • La portée est « le monde entier » ; il ne s’agit pas d’une persécution locale, mais d’un jugement global, qui correspond à la Tribulation des chapitres Apocalypse 6–19.
  • Le moyen de cette protection est lié à Sa venue : « Je viens bientôt » (Apocalypse 3.11).

L’expression grecque tēreō ek (« garder…de ») signifie naturellement être préservé en dehors de, et non protégé au milieu de. La seule autre occurrence dans le Nouveau Testament (Jean 17.15) parle d’être gardé du Malin, non d’être conservé en sécurité sous sa domination. Si l’on ajoute que des multitudes de croyants sont martyrisés pendant la Tribulation (Apocalypse 6.9‑11 ; 7.9‑14), la promesse d’Apocalypse 3.10 ne peut pas signifier « aucun croyant ne mourra » ; elle doit signifier que l’Église en tant que telle sera retirée de cette heure.

Ainsi, l’Église reçoit la promesse d’être exemptée de la période de la colère – et pas seulement de sa phase la plus intense. Cela soutient un Enlèvement avant le début de la Tribulation de sept ans.


4. L’espérance imminente du retour de Christ

Le pré‑tribulationisme préserve de manière unique l’enseignement du Nouveau Testament selon lequel la venue de Christ pour Son Église est imminente – elle peut se produire à tout moment.

4.1 Le langage d’attente dans le Nouveau Testament

Les croyants sont exhortés à :

  • « attendre des cieux son Fils » (1 Thessaloniciens 1.10)
  • « attendre comme Sauveur le Seigneur Jésus‑Christ » (Philippiens 3.20)
  • « attendre la bienheureuse espérance et la manifestation de la gloire de notre grand Dieu et Sauveur Jésus‑Christ » (Tite 2.13)
  • vivre en sachant que « le Seigneur est proche » (Philippiens 4.5)
  • se rappeler que « le juge est à la porte » (Jacques 5.8‑9)

La formule araméenne de l’Église primitive, « Maranatha » (1 Corinthiens 16.22) – « Notre Seigneur, viens ! » – exprime cette attente de tout instant. Aucun événement prophétique intermédiaire n’est présenté comme devant impérativement se produire avant l’Enlèvement.

4.2 L’incompatibilité de l’imminence avec d’autres positionnements

Toutes les positions non pré‑tribulationnelles placent des événements prophétiques connus avant l’Enlèvement :

  • Mi‑tribulation : au moins les 3 ans et demi initiaux, incluant les premiers jugements et l’ascension de l’Antichrist, doivent d’abord se produire.
  • Pré‑colère : environ 5 ans ou plus de Tribulation doivent s’écouler avant l’Enlèvement « avant la colère ».
  • Post‑tribulation : l’intégralité de la Tribulation, y compris l’Abomination de la désolation, les jugements des trompettes et des coupes, et Harmaguédon, doit précéder l’Enlèvement.

Dans ces schémas, les croyants ne peuvent pas réellement dire : « Christ peut revenir aujourd’hui » ; ils doivent dire : « Christ ne peut pas revenir avant que X, Y et Z ne se produisent ». Cela contredit directement l’attitude de proximité immédiate que le Nouveau Testament inculque.

Seule une perspective d’Enlèvement pré‑tribulationnel préserve véritablement la doctrine biblique de l’imminence.


5. L’absence de l’Église en Apocalypse 4–19

La structure littéraire de l’Apocalypse appuie fortement un Enlèvement avant la Tribulation.

5.1 Ekklesia dans l’Apocalypse

  • Apocalypse 1–3 : le mot ekklesia (« Église ») apparaît 19 fois, dans des messages adressés à de véritables Églises du premier siècle, qui représentent également l’ère de l’Église.
  • Apocalypse 4–19 : aucune mention de l’Église sur la terre.
  • Apocalypse 22.16 : ekklesia réapparaît dans l’épilogue.

À partir du chapitre 4, l’accent se déplace de l’Église vers Israël, les nations, les 144 000 issus des tribus d’Israël, et « ceux qui habitent sur la terre ». Les sceaux, trompettes et coupes décrivent des jugements globaux sans référence à la présence ou au ministère de l’Église. Cela est difficilement explicable si l’Église était censée être centrale sur la terre durant cette période.

5.2 Qui sont les vingt‑quatre anciens ?

Une explication convaincante est que les vingt‑quatre anciens autour du trône de Dieu (Apocalypse 4.4, 10 ; 5.5‑10 ; 7.11‑13 ; 11.16 ; 19.4) représentent l’Église glorifiée dans le ciel :

  • Ils sont appelés « anciens » – terme associé à la représentation du peuple de Dieu, en particulier dans le contexte de l’Église.
  • Ils sont assis sur des trônes, privilège promis aux vainqueurs de l’Église (Apocalypse 3.21).
  • Ils portent des vêtements blancs et des couronnes, en accord avec les promesses faites aux croyants de l’ère de l’Église (Apocalypse 2.10 ; 3.5, 18 ; 19.7‑8).
  • Ils chantent un cantique de rédemption qui concerne des personnes « de toute tribu, de toute langue, de tout peuple, et de toute nation » (Apocalypse 5.9‑10), ce qui correspond bien au caractère multiethnique de l’Église.
  • Ils sont clairement distingués des anges (Apocalypse 5.11).

Si ces anciens symbolisent l’Église achevée dans le ciel avant le début des jugements des sceaux (Apocalypse 6), l’implication est évidente : l’Église a été enlevée avant la Tribulation.


6. Le restricteur et la révélation de l’homme du péché

2 Thessaloniciens 2 relie la révélation de l’Antichrist (« l’homme du péché », ou « homme de l’iniquité ») au retrait d’une force de retenue :

« Et maintenant vous savez ce qui le retient, afin qu’il ne paraisse qu’en son temps. Car le mystère de l’iniquité agit déjà ; il faut seulement que celui qui le retient encore ait disparu. Et alors paraîtra l’impie… »
2 Thessaloniciens 2.6‑8

Le restricteur :

  • est actuellement à l’œuvre ;
  • retient l’iniquité mondiale et la manifestation de l’Antichrist ;
  • sera ôté (« qu’il ait disparu ») avant que l’homme du péché ne soit révélé.

L’identification la plus cohérente est l’œuvre de retenue du Saint‑Esprit au travers de l’Église. Lorsque l’Église sera enlevée, cette action de retenue corporative et particulière prendra fin, permettant à l’Antichrist d’être révélé et à la soixante‑dixième semaine de Daniel de commencer.

Cette séquence – Église enlevée → restricteur retiré → Antichrist révélé → début du Jour du Seigneur – correspond précisément au pré‑tribulationisme et explique pourquoi les Thessaloniciens étaient troublés par la fausse affirmation selon laquelle « le jour du Seigneur serait déjà là » (2 Thessaloniciens 2.2) : ils s’attendaient à être retirés d’abord, non à se retrouver à l’intérieur de ce jour.


7. Enlèvement et Second Avènement : un seul retour en deux phases

L’Écriture décrit deux aspects distincts, mais liés, de la venue future de Christ :

  • Enlèvement : Christ vient pour Ses saints, dans les airs, pour les emmener dans la maison du Père (Jean 14.1‑3 ; 1 Thessaloniciens 4.13‑18).
  • Révélation / Second Avènement : Christ vient avec Ses saints, sur la terre, pour juger et régner (Zacharie 14.4‑5 ; Matthieu 24.29‑31 ; Apocalypse 19.11‑16).

Une comparaison met en évidence de nettes différences :

CaractéristiqueEnlèvement (1 Th 4 ; 1 Co 15)Second Avènement (Mt 24 ; Ap 19)
DirectionChrist descend dans les airs ; les saints sont enlevés vers LuiChrist descend jusqu’à la terre
ParticipantsCroyants seulementToute l’humanité concernée
AccentRésurrection et transformation, consolationJugement et établissement du royaume
SignesAucun signe requis ; événement imminentPrécédé de nombreux signes prophétiques
DestinationLes saints vont à la maison du PèreLes saints reviennent avec Christ pour régner sur la terre

Ces deux volets sont mieux compris comme deux phases d’un seul Second Avènement, séparées par la Tribulation. Un Enlèvement pré‑tribulationnel respecte ces distinctions et les accentuations pastorales différentes : consolation et espérance d’un côté, avertissement et jugement de l’autre.


8. Conclusion

Lorsque l’on synthétise les grandes lignes de l’évidence biblique, le pré‑tribulationisme apparaît comme la position la plus cohérente et la plus solidement ancrée dans le texte quant au moment de l’Enlèvement :

  • Il respecte la distinction entre Israël et l’Église, en gardant la soixante‑dixième semaine de Daniel centrée sur Israël et les nations.
  • Il prend au sérieux la promesse faite à l’Église d’une exemption de la colère divine ainsi que la promesse spécifique d’être gardée de l’heure de l’épreuve mondiale.
  • Il préserve l’attente imminente du Nouveau Testament concernant la venue de Christ pour Son Épouse.
  • Il explique l’absence de l’Église en Apocalypse 4–19 et la présence des vingt‑quatre anciens dans le ciel.
  • Il harmonise l’enseignement de 2 Thessaloniciens 2 concernant le restricteur et la révélation de l’homme du péché.
  • Il s’accorde avec le schéma en deux phases du retour de Christ – d’abord pour Ses saints, puis avec eux.

Les autres positionnements sur le moment de l’Enlèvement peuvent avancer certains arguments, mais ils estompent inévitablement la distinction Israël‑Église, affaiblissent la doctrine de l’imminence, ou créent de sérieuses tensions chronologiques et théologiques (par exemple : qui peuplera le Millénium avec un corps mortel, comment articuler le tribunal de Christ et les noces de l’Agneau, pourquoi l’Église n’est‑elle jamais mentionnée dans les principaux textes sur la Tribulation).

Dans une lecture prophétique cohérente, littérale et évangélique de l’Écriture, l’Enlèvement pré‑tribulationnel n’est pas seulement attrayant : il est l’explication la plus bibliquement consistante de la manière dont Christ rassemblera Son Église avant que ne tombent les jugements finaux de Dieu sur un monde rebelle et avant qu’Il ne se tourne de nouveau avec miséricorde d’alliance vers Israël.

Les croyants ont donc raison de vivre dans une attente sainte, « attendant la bienheureuse espérance et la manifestation de la gloire de notre grand Dieu et Sauveur Jésus‑Christ » (Tite 2.13).

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Questions Fréquentes

Qu’est-ce que le prétribulationnisme ?
Le prétribulationnisme enseigne que Christ enlèvera son Église AVANT le début des sept années de Tribulation (la soixante-dixième semaine de Daniel). Après cette période de jugement divin, Christ reviendra en gloire sur la terre avec ses saints pour établir le Royaume millénaire.
Pourquoi l’Église est-elle exemptée de la Tribulation ?
L’Écriture promet clairement aux croyants l’exemption de la colère eschatologique de Dieu. 1 Thessaloniciens 1.10 parle de Jésus « qui nous délivre de la colère à venir ». Apocalypse 3.10 promet de garder les croyants « à l’heure de l’épreuve » qui va venir sur le monde entier : il s’agit d’une exemption de la période elle-même, et pas seulement d’une protection au sein de celle-ci.
Que signifie l’imminence pour l’Enlèvement ?
L’imminence signifie que Christ peut revenir pour son Église à TOUT moment, sans qu’aucun événement prophétique préalable ne soit requis. Le Nouveau Testament exhorte les croyants à « attendre des cieux son Fils » (1 Th 1.10) et déclare que « le Seigneur est proche » (Ph 4.5). Seul le prétribulationnisme préserve cette attente d’un retour possible à tout instant.
Pourquoi l’Église est-elle absente d’Apocalypse 4–19 ?
Le mot « Église » (ekklēsia) apparaît 19 fois dans Apocalypse 1–3, mais il est totalement absent des chapitres 4–18, qui décrivent la Tribulation. Les vingt-quatre anciens dans le ciel (Ap 4–5) représentent très probablement l’Église glorifiée, déjà enlevée avant le début des jugements des sceaux.

L. A. C.

Théologien spécialisé en eschatologie, engagé à aider les croyants à comprendre la Parole prophétique de Dieu.

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