Qu’est-ce que le tribunal de Christ ?

Eschatologie11 min de lecture

1. Introduction

Dans l’eschatologie biblique, peu de sujets sont plus pénétrants pour les croyants que le Tribunal de Christ. À la différence de la condamnation finale des incroyants, ce jugement concerne uniquement ceux qui sont déjà sauvés. Son but n’est pas de décider du ciel ou de l’enfer, mais d’évaluer la vie des croyants et d’attribuer des récompenses éternelles.

Deux passages clés définissent cette doctrine :

"Car il nous faut tous comparaître devant le tribunal de Christ, afin que chacun reçoive selon le bien ou le mal qu'il aura fait, étant dans son corps."
2 Corinthiens 5.10

"Nous comparaîtrons tous devant le tribunal de Dieu. (…) Ainsi chacun de nous rendra compte à Dieu pour lui-même."
Romains 14.10, 12

Cet article explique ce qu’est le Tribunal de Christ et pourquoi il existe, en se concentrant particulièrement sur ces deux textes fondamentaux.


2. La signification du « Tribunal » (Bêma)

L’expression « tribunal » traduit le mot grec bēma, qui signifie littéralement une estrade ou une plate-forme surélevée.

Dans le monde du Nouveau Testament, un bēma avait principalement deux usages :

  1. Siège judiciaire – le lieu officiel où un gouverneur ou un juge s’asseyait pour instruire les affaires (par ex. Actes 18.12 ; Jean 19.13).
  2. Estrade athlétique – la plate-forme d’où les officiels observaient les jeux et remettaient les prix aux vainqueurs.

Paul écrit à Corinthe, une ville familière des grands festivals athlétiques, en utilisant cette image sportive. Le Tribunal de Christ est donc mieux représenté non comme un tribunal pénal où les croyants risqueraient la condamnation, mais comme un podium de récompense où Christ évalue et récompense les siens.

Cela correspond à l’enseignement clair du Nouveau Testament selon lequel les croyants ne sont plus sous la condamnation :

"Il n'y a donc maintenant aucune condamnation pour ceux qui sont en Jésus-Christ."
Romains 8.1

Le bēma est ainsi un jugement d’évaluation et de récompense, et non un jugement salvifique ou punitif.


3. Qui comparaîtra devant le Tribunal de Christ ?

Dans 2 Corinthiens 5.10 et Romains 14.10, l’accent est mis sur l’universalité parmi les croyants :

  • "Car il nous faut tous comparaître devant le tribunal de Christ" (2 Co 5.10).
  • "Nous comparaîtrons tous devant le tribunal de Dieu" (Rm 14.10).

Points essentiels :

  • Le « nous » s’applique, dans le contexte, aux chrétiens (les saints de l’Église), et non à l’humanité en général.
  • La participation est universelle et inévitable pour les croyants : « chacun » et « chacun de nous » devra rendre compte (2 Co 5.10 ; Rm 14.12).
  • Ce jugement est distinct du Grand Trône Blanc réservé aux incroyants en Apocalypse 20.11–15.

En d’autres termes, tout véritable croyant en Christ se tiendra personnellement devant Lui pour voir sa vie évaluée.


4. Que sera jugé ? La base de l’évaluation de Christ

4.1 « Ce qu’il aura fait dans son corps » (2 Corinthiens 5.10)

Paul déclare que nous serons rétribués :

"…selon le bien ou le mal qu'il aura fait, étant dans son corps."
2 Corinthiens 5.10

On peut en déduire plusieurs éléments :

  • L’accent est mis sur la vie après la conversion – « dans le corps » renvoie à notre existence terrestre en tant que chrétiens.
  • Le terme traduit par « mal » (grec phaulos) signifie souvent sans valeur, plutôt que moralement mauvais. La question est celle de la valeur et de la récompense possible, non de la culpabilité et de la condamnation.
  • Christ évaluera à la fois :
    • Les actions – les actes extérieurs de service ou de désobéissance.
    • Les motivations – les intentions intérieures qui animent ces actes.

Paul relie d’ailleurs ailleurs cette réalité à l’évaluation des mobiles :

"Il mettra en lumière ce qui est caché dans les ténèbres et il dévoilera les intentions des cœurs. Alors chacun recevra de Dieu la louange qui lui revient."
1 Corinthiens 4.5

Ainsi, des œuvres apparemment impressionnantes peuvent se révéler être du « bois, du foin, du chaume » si elles sont motivées par l’orgueil ou l’auto‑promotion (1 Corinthiens 3.12–15), tandis qu’une obéissance simple et discrète pourra resplendir comme de « l’or, de l’argent, des pierres précieuses ».

4.2 « Chacun de nous rendra compte » (Romains 14.10–12)

Dans Romains 14, Paul traite des disputes sur des questions secondaires (nourriture, jours particuliers) et avertit les croyants de ne pas usurper le rôle de Christ en tant que Juge :

"Mais toi, pourquoi juges-tu ton frère ? Ou toi, pourquoi méprises-tu ton frère ? Puisque nous comparaîtrons tous devant le tribunal de Dieu."
Romains 14.10

La portée eschatologique est claire :

  • Nous ne sommes pas les évaluateurs ultimes des autres croyants.
  • Christ seul jaugera les décisions, les scrupules et la conscience de chaque croyant.
  • Chaque croyant rendra un compte personnel et individuel : « chacun de nous rendra compte à Dieu pour lui-même » (Rm 14.12).

Au Tribunal de Christ, le Seigneur passera donc en revue la manière dont nous nous sommes traités les uns les autres, notamment sur les questions de liberté chrétienne, de conscience et d’amour fraternel.


5. Le but du Tribunal de Christ

5.1 Non pour déterminer le salut

Le Tribunal de Christ ne décide pas si une personne est sauvée ou non. Cette question est réglée dans cette vie par la foi en Christ seul :

"Car c’est par la grâce que vous êtes sauvés, par le moyen de la foi. Et cela ne vient pas de vous, c’est le don de Dieu. Ce n’est point par les œuvres…"
Éphésiens 2.8–9

Ceux qui comparaissent devant le bēma de Christ sont déjà :

  • Justifiés (Romains 5.1),
  • Pardonnés (Hébreux 10.17),
  • En sécurité en Christ (Jean 10.28–29).

Re‑juger les croyants pour leurs péchés quant à leur destinée éternelle contredirait l’œuvre accomplie de Christ et la promesse d’« aucune condamnation ».

5.2 Pour évaluer et récompenser

Le but explicite en 2 Corinthiens 5.10 est :

"…afin que chacun reçoive selon le bien ou le mal qu'il aura fait…"

Le verbe « recevoir » souligne l’idée de rétribution ou de récompense. De même, Romains 14.12 met en avant la notion de responsabilité. En mettant ces textes en parallèle avec 1 Corinthiens 3.10–15 et d’autres passages, une image claire se dégage :

  • Le Tribunal de Christ est une revue de la vie et du service du croyant.
  • Son résultat est la distribution ou la perte de récompenses, non l’entrée au ciel.
  • Certaines œuvres subsisteront et seront récompensées ; d’autres seront brûlées comme sans valeur (mais le croyant « sera sauvé », 1 Co 3.15).

En résumé, le but du Tribunal de Christ est :

  1. De révéler la véritable qualité des œuvres et des motivations de chaque croyant.
  2. D’accorder des récompenses éternelles appropriées, incluant notamment :
    • Des couronnes (2 Timothée 4.8 ; Jacques 1.12 ; 1 Pierre 5.4),
    • Des degrés de responsabilité et de service dans le royaume de Christ (Luc 19.11–27),
    • La louange et la approbation de Christ lui‑même (1 Corinthiens 4.5).

6. Le caractère de ce jugement

6.1 Personnel et individuel

Les deux principaux passages soulignent l’individualité :

  • "Afin que chacun reçoive…" (2 Co 5.10).
  • "Chacun de nous rendra compte à Dieu pour lui-même." (Rm 14.12).

Le Tribunal de Christ n’est pas une évaluation collective. Chaque croyant se tiendra face à face avec Christ, sans médiateur humain, sans foule, et sans se comparer aux autres.

6.2 Complet mais empreint de grâce

À partir de 2 Corinthiens 5.10, Romains 14.10–12 et des passages connexes, on peut dire que ce jugement sera :

  • Complet – incluant actions, paroles, pensées et motivations.
  • Juste et impartial – Christ juge sans favoritisme (Colossiens 3.25).
  • Approfondi – "Il nous faut tous comparaître" peut se traduire par « être mis à nu, être manifestés » ; nos vies seront dévoilées.
  • Empreint de grâce – même lorsqu’il y a une « perte » de récompense (1 Co 3.15), le croyant lui‑même demeure sauvé ; et l’Écriture laisse entendre que chacun recevra au moins quelque louange de la part de Dieu (1 Corinthiens 4.5).

La crainte du Seigneur liée à ce jugement (2 Corinthiens 5.11) n’est pas la terreur de la damnation, mais la conscience sérieuse que notre vie a une portée éternelle.


7. Implications pratiques pour les croyants

La doctrine du Tribunal de Christ n’est pas une spéculation abstraite ; elle est destinée à façonner la vie chrétienne.

À partir de 2 Corinthiens 5 et Romains 14, plusieurs applications se dégagent :

  1. Motivation à plaire à Christ
    Dans le contexte immédiat de 2 Corinthiens 5.10, Paul déclare :

    "C'est pour cela aussi que nous nous efforçons de lui être agréables, soit que nous demeurions dans ce corps, soit que nous le quittions."
    2 Corinthiens 5.9
    Sachant que nous comparaîtrons devant Christ, son approbation doit devenir notre plus haute ambition.

  2. Veiller à notre attitude envers les autres croyants
    Dans Romains 14, la réalité du tribunal de Dieu sape la critique dure et le mépris :

    • Au lieu de nous juger les uns les autres sur des questions discutables, nous devrions vivre dans la charité, nous rappelant que Christ nous jugera tous.
  3. Encouragement dans la fidélité cachée
    Beaucoup d’actes d’obéissance et de sacrifice restent invisibles et non reconnus sur la terre. Pourtant :

    "Alors chacun recevra de Dieu la louange qui lui reviendra."
    1 Corinthiens 4.5
    Le Tribunal de Christ garantit que rien de ce qui est fait pour Christ avec le bon esprit n’est jamais perdu.

  4. Sérieux quant aux occasions gaspillées
    La possibilité de « subir une perte » (1 Co 3.15) met en garde contre une vie chrétienne négligente. Le temps, les dons et les occasions constituent une stewardship (gestion confiée par Dieu) qui sera examinée.


8. Conclusion

Le Tribunal de Christ est un élément central de l’eschatologie du Nouveau Testament, particulièrement tel qu’il est exposé en 2 Corinthiens 5.10 et Romains 14.10–12. Il enseigne que :

  • Chaque croyant se tiendra personnellement et individuellement devant Christ.
  • Christ évaluera ce que nous aurons fait dans notre corps, y compris les motivations du cœur.
  • Ce jugement ne porte pas sur le salut, mais sur la récompense, la louange et la perte de récompenses.
  • La réponse appropriée est une vie orientée vers le fait de plaire à Christ, marquée par l’amour des frères et la fidélité en toutes choses.

Loin de produire une peur paralysante, cette doctrine doit susciter une saine gravité, une espérance persévérante et une joyeuse attente d’entendre : « C’est bien, bon et fidèle serviteur. »


FAQ

Q : Qu’est-ce que le Tribunal de Christ ?

Le Tribunal de Christ est l’évaluation post‑salut des croyants par Christ, décrite en 2 Corinthiens 5.10 et Romains 14.10–12. À ce jugement, chaque chrétien rendra compte au Seigneur et recevra une récompense — ou subira une perte de récompense — en fonction de ce qu’il aura fait dans son corps, que ce soit bien ou sans valeur.

Q : Le Tribunal de Christ concerne-t-il le salut ou les récompenses ?

Il concerne les récompenses, non le salut. Le salut est réglé dans cette vie par la foi en Christ seul (Éphésiens 2.8–9). Le Tribunal de Christ porte sur la qualité de la vie et du service du croyant, et il détermine les récompenses et responsabilités éternelles, non l’entrée au ciel.

Q : En quoi le Tribunal de Christ est-il différent du Jugement du Grand Trône Blanc ?

Le Tribunal de Christ est réservé aux croyants uniquement et se concentre sur les récompenses (2 Co 5.10 ; Rm 14.10–12). Le Jugement du Grand Trône Blanc, décrit en Apocalypse 20.11–15, concerne les incroyants et aboutit à la condamnation finale. Aucun croyant ne comparaît devant le Grand Trône Blanc, et aucun incroyant ne comparaît devant le Tribunal de Christ.

Q : Que jugera Christ au Tribunal de Christ ?

Christ jugera ce que chaque croyant a fait dans son corps, y compris ses actions, ses paroles et ses motivations. 2 Corinthiens 5.10 met l’accent sur les œuvres accomplies dans le corps, tandis que Romains 14.12 insiste sur le fait que chacun rendra compte pour lui-même à Dieu. D’autres passages montrent que les mobiles et les choses cachées du cœur seront aussi révélés (1 Corinthiens 4.5).

Q : Un croyant peut-il « perdre » quelque chose au Tribunal de Christ ?

Un croyant ne peut pas perdre son salut, mais il peut perdre des récompenses. 1 Corinthiens 3.15 enseigne que certaines œuvres seront consumées comme sans valeur ; le croyant « subira un dommage », mais « il sera sauvé, toutefois comme au travers du feu ». Cette perte concerne des récompenses, des opportunités et une mesure d’approbation — et non la vie éternelle elle-même.


Share Article

Questions Fréquentes

Q : Qu’est-ce que le Tribunal de Christ?
Le Tribunal de Christ est l’évaluation **post‑salut** des croyants par Christ, décrite en *2 Corinthiens 5.10* et *Romains 14.10–12*. À ce jugement, chaque chrétien rendra compte au Seigneur et recevra une récompense — ou subira une perte de récompense — en fonction de ce qu’il aura fait dans son corps, que ce soit bien ou sans valeur.
Q : Le Tribunal de Christ concerne-t-il le salut ou les récompenses?
Il concerne les **récompenses**, non le salut. Le salut est réglé dans cette vie par la foi en Christ seul (*Éphésiens 2.8–9*). Le Tribunal de Christ porte sur la qualité de la vie et du service du croyant, et il détermine les récompenses et responsabilités éternelles, non l’entrée au ciel.
Q : En quoi le Tribunal de Christ est-il différent du Jugement du Grand Trône Blanc?
Le Tribunal de Christ est réservé aux **croyants uniquement** et se concentre sur les **récompenses** (*2 Co 5.10 ; Rm 14.10–12*). Le Jugement du Grand Trône Blanc, décrit en *Apocalypse 20.11–15*, concerne les **incroyants** et aboutit à la condamnation finale. Aucun croyant ne comparaît devant le Grand Trône Blanc, et aucun incroyant ne comparaît devant le Tribunal de Christ.
Q : Que jugera Christ au Tribunal de Christ?
Christ jugera **ce que chaque croyant a fait dans son corps**, y compris ses actions, ses paroles et ses motivations. *2 Corinthiens 5.10* met l’accent sur les œuvres accomplies dans le corps, tandis que *Romains 14.12* insiste sur le fait que chacun rendra compte pour lui-même à Dieu. D’autres passages montrent que les mobiles et les choses cachées du cœur seront aussi révélés (*1 Corinthiens 4.5*).
Q : Un croyant peut-il « perdre » quelque chose au Tribunal de Christ?
Un croyant **ne peut pas perdre son salut**, mais il peut **perdre des récompenses**. *1 Corinthiens 3.15* enseigne que certaines œuvres seront consumées comme sans valeur ; le croyant « subira un dommage », mais « il sera sauvé, toutefois comme au travers du feu ». Cette perte concerne des récompenses, des opportunités et une mesure d’approbation — et non la vie éternelle elle-même.

L. A. C.

Théologien spécialisé en eschatologie, engagé à aider les croyants à comprendre la Parole prophétique de Dieu.

Articles Connexes